Tuesday, March 29, 2011

Malédiction

Fauchés comme un lapin en plein vol, nous l'avons été lorsqu'à un tiers environ de la longue traversée de l'Australie en camping-car -- bon, Julie conteste ce mot, elle dit plutôt que ce véhicule est un van pourri avec un matelas derrière -- bref, à un tiers environ de la traversée de l'Australie en Objet Roulant Non Identifié, on nous annonce avec un flegme très britannique que l' (unique) route est coupée devant à cause des inondations. Alors on attend (sous la pluie forte et continue bien sûr, sinon y aurait-il des inondations?). On attend toujours... et pour le meilleur ou pour le pire, cela me donne l'opportunité de poster les premières impressions australiennes.

L'Australie a cette malédiction, qu'elle a toujours été la province de quelqu'un. Historiquement, politiquement, culturellement, économiquement.

Historiquement bien sûr, l'Australie est une simple province anglaise. Les tout premiers colons, un convoi formé de 250 soldats et 751 condamnés, débarqua près de ce qui allait devenir Sydney en 1788 (18 ans après que Cook avait repéré rapidement les lieux). Plus tard, quand certains forçats demeuraient trop insoumis, on les envoyait avec une garnison pour créer un camp "punitif" plus loin sur la côte : ainsi furent fondées bon nombre de ville australiennes. Aujourd'hui encore, l'allégeance à la couronne anglaise est forte et visible ; Elizabeth II figure sur toutes les pièces de monnaie (sur celles de $1 il y a un kangourou au verso, quand même) et la tête de l'exécutif est un "premier ministre", surtout pas un président. La visite récente du prince Harry a mis en émoi toute la population, et pas seulement les jeunes filles ! (il est déjà pris, NDLR) 




Politiquement toutefois, l'allégeance devait passer toute entière aux Etats-Unis avec la seconde guerre mondiale. Et cela se comprend : en 1942 le Japon progressait rapidement en Asie du Sud-Est et n'était plus qu'à quelques semaines de l'Australie qui n'avait aucune chance de résister à la vague nippone ; les anglais n'en avaient cure, trop préoccupés - on les comprend aussi - par l'immédiate menace allemande à leurs portes. Les sauveurs furent donc américains, certes moins pour les beaux yeux australiens que parce que le territoire était une base stratégique indispensable pour reprendre le contrôle du Pacifique. En tout état de cause, après la guerre, l'Australie se sent infiniment reconnaissante envers les US, et quelque peu trahie par l'Angleterre (pour laquelle de nombreux Australiens s'étaient portés volontaires et avaient perdu la vie en 14-18). Résultat, aujourd'hui encore (on a pu le voir par exemple lorsque Bush décide d'attaquer l'Irak en 2002), politiquement l'Australie ne me semble pas être grand chose de plus qu'un bon valet au service des US.

Culturellement, c'est encore plus simple : l'Australie est une copie des US. Nos amis australiens sont fascinés par les américains. Les cités sont organisées de la même manière, les panneaux suivent le même standard, les villes s'appellent Palm Beach, les rues Haight-Ashbury, les parcs d'attraction Seaworld, les filles sont aussi grasses, parlent aussi fort et s'habillent selon le même style (ou l'absence de)... l'expérience la plus consternante est de faire ses courses dans un grand supermarché, dans la banlieue d'une ville moyenne : mêmes produits horribles saturés de graisse et de sucre, mêmes quantités gargantuesques, même obèses roulant sur les mêmes "scooters" (ce sont les sortes de chaises roulantes électriques avec chariot intégré, mises à disposition des clients qui à 200 ou 300kg ne peuvent plus vraiment marcher). Quelle tristesse !

Economiquement enfin, l'Australie a la chance d'être immensément riche en matières premières dont les prix explosent à cause de la demande chinoise. Grâce à cela le pays a moins souffert de la crise que les autres pays occidentaux, et sa monnaie -- au grand désespoir du voyageur étranger -- est plus forte que jamais. Une part croissante des exportations va aujourd'hui vers la Chine, et dans l'autre sens, ce sont les groupes de touristes agités (au grand désespoir devrais-je ajouter du voyageur indépendant aimant le calme). Bon, ce post contient déjà assez de jugements à l'emporte-pièce alors je vais me retenir d'écrire qu'économiquement l'Australie est en train de devenir une province chinoise... mais je n'en pense pas moins !

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