A 23h05, alors que les festivités battent déjà son plein à la discothèque Paddy's Pub, un kamikaze se fait exploser à l'intérieur. Ceux qui le peuvent encore se précipitent dehors, dans la petite rue. D'autres accourent pour aider. Vingt secondes plus tard, une énorme déflagration ravage toute la rue ; un van garé juste en face contenait une bombe sophistiquée d'une tonne, qui laisse un cratère d'un mètre de profondeur dans la route et rase littéralement le Sari Club. 202 morts. C'était le 12 octobre 2002.
Difficile d'ignorer tout cela, quand on sirote une frozen strawberry margarita à quelques mètres de là, presque dix ans plus tard. Bali a aussi son Ground Zero ; le terrain vague n'est toujours pas reconstruit. Il est difficile d'imaginer pleinement cette scène d'horreur sans avoir baigné dans l'incroyable densité humaine de ces rues. La panique et le débordement des hôpitaux fut telle qu'un grand nombre de blessés, surtout des brûlés, durent être évacués jusque Darwin, en Australie, à 1800km de distance, avant d'être soignés.
Tout le monde ici, Balinais comme touristes occidentaux, fait mine d'avoir oublié. Les Australiens sont ici pour s'amuser (lire : boire pour pas cher et sans T-shirt, deux choses qui leur sont interdites à la maison), les Balinais pour vivre. Bars, boîtes en plein air, restaurants, massages plus ou moins louches, spas, scooters, champignons hallucinogènes, herbe, surfs, taxis, viagra, antiquités douteuses... tout se vend, tout se loue dans ces ruelles étroites où deux mondes si différents se côtoient d'infiniment près, sans jamais se mêler.
A ma gauche, dans le club : Australiens décérébrés déjà ivres en arrivant, bruyants, gauches, grands, massifs, indécents. Les garçons ont la jeune vingtaine, les poches pleines d'un fric reçu de papa-maman, la notion de travail leur est encore étrangère, ils se déplacent en bande. Les filles sont plus âgées, la bonne trentaine, et s'observent souvent en groupes de deux venues ramasser les miettes. Comment est-il possible d'être autant débraillé avec aussi peu de vêtements ?
A ma droite, dans la rue : Balinais affairés, ils vont travailler toute la nuit pour tenter de vendre un ou deux paquets de cigarettes (prix en Australie : 17 US$ -- prix à Bali : 1 US$), un transport en taxi, un massage... Fourmis travailleuses, mais dont les tâches ingrates n'altèrent ni le port ni la tenue. Et même pas cet incroyable sourire, marqué d'optimisme, de confiance, de bienveillance.



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