Friday, April 8, 2011

Cohabitations

Les quatre territoires que nous avons traversés depuis le début du périple (Polynésie Française, Nouvelle Zélande, Nouvelle Calédonie, Australie) ont un point commun : les "blancs", envahisseurs arrivés d'Europe au 19ème siècle (c'est à dire très récemment), majoritaires en nombre et seuls aux commandes, cohabitent tant bien que mal avec ceux qui étaient là les premiers, Tahitiens, Maoris, Kanaks, Aborigènes.

Cette cohabitation tendue n'est nulle part facile. La palme de l'intégration revient à Tahiti, où même si l'économie est contrôlée par les popas (les blancs), les polynésiens jouent un rôle prépondérant dans la société. Le signe le plus évident est l'existence d'un métissage, de couples ou groupes mixtes, à Tahiti -- ce que nous ne verrons nulle part ailleurs. Les néo-zélandais semblent fascinés par leur soi-disant héritage maori mais ceux-ci sont réduits à faire des shows de danse pour groupes de touristes chinois. Les kanaks, après les "événements" des années 80, semblent tristement résignés et pas près de s'intégrer, isolés dans leurs tribus, ou un peu perdus à Nouméa. Mais nulle part la situation n'est aussi dramatique qu'en Australie.

Les fascicules touristiques et la propagande officielle tentent bien désespérément de promouvoir un art, une culture, un héritage, etc. aborigène. Mais les Aborigènes que je vois sont assis au bord de la route, près du liquor store ou de la station service. Beaucoup semblent hagards, drogués. La situation est si grave que dans le Northern Territory (Darwin), l'essence est vendu à la pompe mélangé à un additif pour empêcher que les populations locales ne le sniffent (méthode curieuse d'ailleurs, il me semblerait plus approprié de se demande pourquoi ces gens sont réduits à sniffer de l'essence au lieu de modifier l'essence, non ?). Quelles victimes ! eux qui il y a 200 ans encore vivaient tranquillement sur leurs terres.

Pour une situation comparable, les Américains ne font, comme toujours, pas dans la dentelle : OK, on est venus, on s'est battus contre les peaux-rouges, on a gagné. La terre est à nous, point final. Bon, allez, on va quand même donner quelques hectares (au milieu du désert bien sûr) à ceux qui restent (les réserves), et on en parle plus. Circulez !

Le comportement des blancs en Amérique fut tout aussi condamnable que celui des blancs en Australie. Mais les Américains au moins en assument les conséquences, quand les Australiens, pris dans un grand sentiment de culpabilité, et peut-être aussi pour briser enfin la malédiction provinciale, essaient de se convaincre (et de me convaincre au passage, ce qui m'énerve chaque jour) que leur nation est aujourd'hui le fruit d'un héritage complexe, tissé de cultures anglaise et aborigène. Quelle hypocrisie ! D'abord je te chasse de chez toi, abats les tiens comme des animaux et te force à te retrancher au milieu du désert, et tout d'un coup je réalise que ce serait cool que l'histoire de mon pays commence avant 1788 et ne soit pas juste celle d'une province anglaise, alors je mets en avant ta culture et j'exhibe dans chaque spot touristique tes gribouillis avec la fierté d'un parent montrant le dessin de son enfant.

Les premiers immigrants volontaires australiens, ceux de l'époque 1788, étaient souvent des idéalistes cultivés ayant le sentiment exaltant d'avoir la rare opportunité de commencer un monde nouveau, une société plus équilibrée, à partir d'une page blanche. J'ai la tristesse de constater qu'en fait de société idéale, l'Australie de 2011 souffre des mêmes problèmes que le reste de l'Occident, et même peut-être pire encore.

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