Thursday, April 21, 2011

Deux mondes

A 23h05, alors que les festivités battent déjà son plein à la discothèque Paddy's Pub, un kamikaze se fait exploser à l'intérieur. Ceux qui le peuvent encore se précipitent dehors, dans la petite rue. D'autres accourent pour aider. Vingt secondes plus tard, une énorme déflagration ravage toute la rue ; un van garé juste en face contenait une bombe sophistiquée d'une tonne, qui laisse un cratère d'un mètre de profondeur dans la route et rase littéralement le Sari Club. 202 morts. C'était le 12 octobre 2002. 



Difficile d'ignorer tout cela, quand on sirote une frozen strawberry margarita à quelques mètres de là, presque dix ans plus tard. Bali a aussi son Ground Zero ; le terrain vague n'est toujours pas reconstruit. Il est difficile d'imaginer pleinement cette scène d'horreur sans avoir baigné dans l'incroyable densité humaine de ces rues. La panique et le débordement des hôpitaux fut telle qu'un grand nombre de blessés, surtout des brûlés, durent être évacués jusque Darwin, en Australie, à 1800km de distance, avant d'être soignés.

Tout le monde ici, Balinais comme touristes occidentaux, fait mine d'avoir oublié. Les Australiens sont ici pour s'amuser (lire : boire pour pas cher et sans T-shirt, deux choses qui leur sont interdites à la maison), les Balinais pour vivre. Bars, boîtes en plein air, restaurants, massages plus ou moins louches, spas, scooters, champignons hallucinogènes, herbe, surfs, taxis, viagra, antiquités douteuses... tout se vend, tout se loue dans ces ruelles étroites où deux mondes si différents se côtoient d'infiniment près, sans jamais se mêler.

A ma gauche, dans le club : Australiens décérébrés déjà ivres en arrivant, bruyants, gauches, grands, massifs, indécents. Les garçons ont la jeune vingtaine, les poches pleines d'un fric reçu de papa-maman, la notion de travail leur est encore étrangère, ils se déplacent en bande. Les filles sont plus âgées, la bonne trentaine, et s'observent souvent en groupes de deux venues ramasser les miettes. Comment est-il possible d'être autant débraillé avec aussi peu de vêtements ?

A ma droite, dans la rue : Balinais affairés, ils vont travailler toute la nuit pour tenter de vendre un ou deux paquets de cigarettes (prix en Australie : 17 US$ -- prix à Bali : 1 US$), un transport en taxi, un massage... Fourmis travailleuses, mais dont les tâches ingrates n'altèrent ni le port ni la tenue. Et même pas cet incroyable sourire, marqué d'optimisme, de confiance, de bienveillance.

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Wednesday, April 20, 2011

Immersion culturelle

Un petit saut de puce de Darwin à Bali, et à peine le pied posé en Asie, Julie s'intègre aux populations locales.

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Saturday, April 16, 2011

5 photos d'Australie

Cliché numéro 1, l'opéra de Sydney. Bien noter la présence du parapluie.

Cliché numéro 2, le mignon animal (à dr. sur la photo)...

... et l'animal encore plus mignon

Surfeur australien, musclé, bronzé, etc.

Et notre quotidien pendant trois semaines, les routes coupées par les inondations...



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Wednesday, April 13, 2011

Journée australienne ordinaire

Long périple de 6.200km de Sydney à Darwin. Les jours se suivent et se ressemblent.

5h00 - Bon, les démangeaisons de piqures d'animaux divers (j'ai renoncé à tout effort d'identification au milieu de cette faune) sont trop fortes, j'abandonne l'idée de me rendormir. De toute façon la pluie torrentielle fait un bruit d'enfer sur le toit du van, et le moteur du frigo a encore pris 10 décibels depuis la veille - je ne pense pas qu'il finira la journée.

5h10 - Sortie du van pour faire le premier café. Il fait déjà chaud, humide. Plouf ! Tiens, on est dans une mare de 10cm de profondeur. De toute façon j'ai les pieds mouillés depuis deux semaines, mon seul espoir est qu'ils ne pourrissent pas. J'espère aussi que le ruisseau n'a pas débordé assez pour que les crocodiles en sortent (NDLR : ceci est un risque réel).

5h11 - Assommé en rentrant dans le van. Mais qui a conçu une porte aussi basse ? Ma bosse n'a pas guéri depuis 2 semaines. Ne suis plus sûr de pouvoir occuper une profession à composante intellectuelle au retour.

6h00 - Petit-dej terminé. Bon, il pleut toujours. On décide de se préparer à reprendre la route.

6h01 - Assommé en rentrant dans le van.

6h10 - Sur la route. Pas besoin de réfléchir (de toute façon je viens d'être assommé, je ne peux pas), il n'y a qu'une route et on la suit depuis une semaine. Faut juste éviter de se tromper de sens et faire 1500km jusqu'à la ville (=station service) suivante avant de s'en rendre compte. Seul le soleil pourrait m'enduire d'erreur (San Antonio) dans l'hémisphère sud, mais le concept même de soleil nous est étranger depuis longtemps.

6h20, 6h30, 6h40.. (puis toutes les dix minutes) - Cadavre de kangourou renversé sur la route. Heureusement qu'on est allés au zoo à Sydney, sinon on en aurait toujours pas vu de vivant.

12h00 - Première habitation rencontrée depuis le matin. C'est une station service restaurant office du tourisme garage pub motel zoo caravan park etc. Quelle chance ! On a justement besoin de faire le plein, manger, se renseigner pour vérifier qu'il y a bien rien à voir aux 1000 kilomètres alentours, ajouter de l'huile au moteur (consomme-t-il plus d'huile que d'essence ?). Et boire pour oublier.

12h31 - Incroyable ! La pluie a cessé !

12h32 - Reprise de la pluie. Plus de 30°C. Assommé en rentrant dans le van précipitamment.

14h00 - Sur la route.

17h00 - Arrivée au caravan park (qui fait aussi station service etc. etc. et qui à lui seul constitue cette "ville" que, sur la carte d'Australie, j'imaginais comme une cité grandiose) après 700km de route plate sans virage.

17h01 - Assommé en sortant du van.

18h30 - "Dîner" dans le van. Ah, nous sommes quand même les seuls du camping à avoir une vraie vinaigrette avec moutarde Amora amenée illégalement de Nouvelle Calédonie (en fin de compte, nous sommes d'ailleurs les seuls à manger autre chose qu'un morceau de boeuf de 800g avec sauces mayo et BBQ).

18h47 - Dîner terminé. Dur de s'entendre avec la pluie qui frappe le toit. On fait quoi ? Plus de bière.

21h00 - Super, on a tenu vachement tard ce soir. Extinction des feux. Toujours 30°C. Remake de Pearl Harbor par les moustiques.

21h05 - Démarrage du moteur du frigo. Restons positifs : le bruit couvre celui de la pluie et des moustiques. Demain est un autre jour ! Ou pas...

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Friday, April 8, 2011

Cohabitations

Les quatre territoires que nous avons traversés depuis le début du périple (Polynésie Française, Nouvelle Zélande, Nouvelle Calédonie, Australie) ont un point commun : les "blancs", envahisseurs arrivés d'Europe au 19ème siècle (c'est à dire très récemment), majoritaires en nombre et seuls aux commandes, cohabitent tant bien que mal avec ceux qui étaient là les premiers, Tahitiens, Maoris, Kanaks, Aborigènes.

Cette cohabitation tendue n'est nulle part facile. La palme de l'intégration revient à Tahiti, où même si l'économie est contrôlée par les popas (les blancs), les polynésiens jouent un rôle prépondérant dans la société. Le signe le plus évident est l'existence d'un métissage, de couples ou groupes mixtes, à Tahiti -- ce que nous ne verrons nulle part ailleurs. Les néo-zélandais semblent fascinés par leur soi-disant héritage maori mais ceux-ci sont réduits à faire des shows de danse pour groupes de touristes chinois. Les kanaks, après les "événements" des années 80, semblent tristement résignés et pas près de s'intégrer, isolés dans leurs tribus, ou un peu perdus à Nouméa. Mais nulle part la situation n'est aussi dramatique qu'en Australie.

Les fascicules touristiques et la propagande officielle tentent bien désespérément de promouvoir un art, une culture, un héritage, etc. aborigène. Mais les Aborigènes que je vois sont assis au bord de la route, près du liquor store ou de la station service. Beaucoup semblent hagards, drogués. La situation est si grave que dans le Northern Territory (Darwin), l'essence est vendu à la pompe mélangé à un additif pour empêcher que les populations locales ne le sniffent (méthode curieuse d'ailleurs, il me semblerait plus approprié de se demande pourquoi ces gens sont réduits à sniffer de l'essence au lieu de modifier l'essence, non ?). Quelles victimes ! eux qui il y a 200 ans encore vivaient tranquillement sur leurs terres.

Pour une situation comparable, les Américains ne font, comme toujours, pas dans la dentelle : OK, on est venus, on s'est battus contre les peaux-rouges, on a gagné. La terre est à nous, point final. Bon, allez, on va quand même donner quelques hectares (au milieu du désert bien sûr) à ceux qui restent (les réserves), et on en parle plus. Circulez !

Le comportement des blancs en Amérique fut tout aussi condamnable que celui des blancs en Australie. Mais les Américains au moins en assument les conséquences, quand les Australiens, pris dans un grand sentiment de culpabilité, et peut-être aussi pour briser enfin la malédiction provinciale, essaient de se convaincre (et de me convaincre au passage, ce qui m'énerve chaque jour) que leur nation est aujourd'hui le fruit d'un héritage complexe, tissé de cultures anglaise et aborigène. Quelle hypocrisie ! D'abord je te chasse de chez toi, abats les tiens comme des animaux et te force à te retrancher au milieu du désert, et tout d'un coup je réalise que ce serait cool que l'histoire de mon pays commence avant 1788 et ne soit pas juste celle d'une province anglaise, alors je mets en avant ta culture et j'exhibe dans chaque spot touristique tes gribouillis avec la fierté d'un parent montrant le dessin de son enfant.

Les premiers immigrants volontaires australiens, ceux de l'époque 1788, étaient souvent des idéalistes cultivés ayant le sentiment exaltant d'avoir la rare opportunité de commencer un monde nouveau, une société plus équilibrée, à partir d'une page blanche. J'ai la tristesse de constater qu'en fait de société idéale, l'Australie de 2011 souffre des mêmes problèmes que le reste de l'Occident, et même peut-être pire encore.

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