Saturday, April 16, 2011
5 photos d'Australie
Wednesday, April 13, 2011
Journée australienne ordinaire
Long périple de 6.200km de Sydney à Darwin. Les jours se suivent et se ressemblent.
5h10 - Sortie du van pour faire le premier café. Il fait déjà chaud, humide. Plouf ! Tiens, on est dans une mare de 10cm de profondeur. De toute façon j'ai les pieds mouillés depuis deux semaines, mon seul espoir est qu'ils ne pourrissent pas. J'espère aussi que le ruisseau n'a pas débordé assez pour que les crocodiles en sortent (NDLR : ceci est un risque réel). 5h11 - Assommé en rentrant dans le van. Mais qui a conçu une porte aussi basse ? Ma bosse n'a pas guéri depuis 2 semaines. Ne suis plus sûr de pouvoir occuper une profession à composante intellectuelle au retour.
6h00 - Petit-dej terminé. Bon, il pleut toujours. On décide de se préparer à reprendre la route.
6h01 - Assommé en rentrant dans le van.
6h10 - Sur la route. Pas besoin de réfléchir (de toute façon je viens d'être assommé, je ne peux pas), il n'y a qu'une route et on la suit depuis une semaine. Faut juste éviter de se tromper de sens et faire 1500km jusqu'à la ville (=station service) suivante avant de s'en rendre compte. Seul le soleil pourrait m'enduire d'erreur (San Antonio) dans l'hémisphère sud, mais le concept même de soleil nous est étranger depuis longtemps.
6h20, 6h30, 6h40.. (puis toutes les dix minutes) - Cadavre de kangourou renversé sur la route. Heureusement qu'on est allés au zoo à Sydney, sinon on en aurait toujours pas vu de vivant.
12h00 - Première habitation rencontrée depuis le matin. C'est une station service restaurant office du tourisme garage pub motel zoo caravan park etc. Quelle chance ! On a justement besoin de faire le plein, manger, se renseigner pour vérifier qu'il y a bien rien à voir aux 1000 kilomètres alentours, ajouter de l'huile au moteur (consomme-t-il plus d'huile que d'essence ?). Et boire pour oublier.
12h31 - Incroyable ! La pluie a cessé !
12h32 - Reprise de la pluie. Plus de 30°C. Assommé en rentrant dans le van précipitamment.
14h00 - Sur la route.
17h00 - Arrivée au caravan park (qui fait aussi station service etc. etc. et qui à lui seul constitue cette "ville" que, sur la carte d'Australie, j'imaginais comme une cité grandiose) après 700km de route plate sans virage.
17h01 - Assommé en sortant du van.
18h30 - "Dîner" dans le van. Ah, nous sommes quand même les seuls du camping à avoir une vraie vinaigrette avec moutarde Amora amenée illégalement de Nouvelle Calédonie (en fin de compte, nous sommes d'ailleurs les seuls à manger autre chose qu'un morceau de boeuf de 800g avec sauces mayo et BBQ).
18h47 - Dîner terminé. Dur de s'entendre avec la pluie qui frappe le toit. On fait quoi ? Plus de bière.
21h00 - Super, on a tenu vachement tard ce soir. Extinction des feux. Toujours 30°C. Remake de Pearl Harbor par les moustiques.
21h05 - Démarrage du moteur du frigo. Restons positifs : le bruit couvre celui de la pluie et des moustiques. Demain est un autre jour ! Ou pas... Read more...
Friday, April 8, 2011
Cohabitations
Les quatre territoires que nous avons traversés depuis le début du périple (Polynésie Française, Nouvelle Zélande, Nouvelle Calédonie, Australie) ont un point commun : les "blancs", envahisseurs arrivés d'Europe au 19ème siècle (c'est à dire très récemment), majoritaires en nombre et seuls aux commandes, cohabitent tant bien que mal avec ceux qui étaient là les premiers, Tahitiens, Maoris, Kanaks, Aborigènes.
Cette cohabitation tendue n'est nulle part facile. La palme de l'intégration revient à Tahiti, où même si l'économie est contrôlée par les popas (les blancs), les polynésiens jouent un rôle prépondérant dans la société. Le signe le plus évident est l'existence d'un métissage, de couples ou groupes mixtes, à Tahiti -- ce que nous ne verrons nulle part ailleurs. Les néo-zélandais semblent fascinés par leur soi-disant héritage maori mais ceux-ci sont réduits à faire des shows de danse pour groupes de touristes chinois. Les kanaks, après les "événements" des années 80, semblent tristement résignés et pas près de s'intégrer, isolés dans leurs tribus, ou un peu perdus à Nouméa. Mais nulle part la situation n'est aussi dramatique qu'en Australie.
Les fascicules touristiques et la propagande officielle tentent bien désespérément de promouvoir un art, une culture, un héritage, etc. aborigène. Mais les Aborigènes que je vois sont assis au bord de la route, près du liquor store ou de la station service. Beaucoup semblent hagards, drogués. La situation est si grave que dans le Northern Territory (Darwin), l'essence est vendu à la pompe mélangé à un additif pour empêcher que les populations locales ne le sniffent (méthode curieuse d'ailleurs, il me semblerait plus approprié de se demande pourquoi ces gens sont réduits à sniffer de l'essence au lieu de modifier l'essence, non ?). Quelles victimes ! eux qui il y a 200 ans encore vivaient tranquillement sur leurs terres.
Pour une situation comparable, les Américains ne font, comme toujours, pas dans la dentelle : OK, on est venus, on s'est battus contre les peaux-rouges, on a gagné. La terre est à nous, point final. Bon, allez, on va quand même donner quelques hectares (au milieu du désert bien sûr) à ceux qui restent (les réserves), et on en parle plus. Circulez !
Le comportement des blancs en Amérique fut tout aussi condamnable que celui des blancs en Australie. Mais les Américains au moins en assument les conséquences, quand les Australiens, pris dans un grand sentiment de culpabilité, et peut-être aussi pour briser enfin la malédiction provinciale, essaient de se convaincre (et de me convaincre au passage, ce qui m'énerve chaque jour) que leur nation est aujourd'hui le fruit d'un héritage complexe, tissé de cultures anglaise et aborigène. Quelle hypocrisie ! D'abord je te chasse de chez toi, abats les tiens comme des animaux et te force à te retrancher au milieu du désert, et tout d'un coup je réalise que ce serait cool que l'histoire de mon pays commence avant 1788 et ne soit pas juste celle d'une province anglaise, alors je mets en avant ta culture et j'exhibe dans chaque spot touristique tes gribouillis avec la fierté d'un parent montrant le dessin de son enfant.
Les premiers immigrants volontaires australiens, ceux de l'époque 1788, étaient souvent des idéalistes cultivés ayant le sentiment exaltant d'avoir la rare opportunité de commencer un monde nouveau, une société plus équilibrée, à partir d'une page blanche. J'ai la tristesse de constater qu'en fait de société idéale, l'Australie de 2011 souffre des mêmes problèmes que le reste de l'Occident, et même peut-être pire encore.
Thursday, March 31, 2011
Récit du siège de Townsville
Townsville était sise là, 400km devant nous. Mais inaccessible, retranchée derrière ses routes inondées. Et pourtant, nous avions décidé d'y aller ! Nous établissions notre siège à Mackay.
Au premier jour, patience. L'attente lente. La route va-t-elle ouvrir ? C'est long, un jour à ne rien faire sous la pluie (quand on a un van pour toute maison).
Au second jour, route toujours fermée, pluie toujours torrentielle, mais dans un élan de fougue impétueuse nous décidions de prendre la route quand même, pariant sur la réouverture proche. 130km de route abominable sous les flots battants. On arrive au point bloqué. Ah oui, effectivement, quand une rivière folle traverse la route, c'est bloqué. Demi-tour. 130km dans l'autre sens mais cette fois de nuit. Retour à la case départ, épuisés.
Alors au troisième jour, nous délaissions la stratégie "attaque frontale éclair" pour la ruse "passage en force cartographique". Oh, un léger détour de 770km sur des routes plus ou moins (plutôt moins) acceptables, dont un tronçon de 500km sur lequel l'unique signe de construction humaine fut une station service (fort sympathique au demeurant, tout le monde étant obligé de s'y arrêter -- ça fait aussi restaurant-bar-motel-épicerie-camping-aire de repos, avec deux employés).
Et au crépuscule, sous un coin de ciel bleu vite mangé par l'orage énorme, la cité enfin nous ouvrit ses portes.
Epilogue
Bon, ben finalement Townsville est une ville toute pourrie. On ne sait pas ce qui nous a pris de vouloir y venir à tout prix. Alors n'oublions pas comme Steve Jobs aime à le répéter que the journey is the reward.
Tuesday, March 29, 2011
Malédiction
Fauchés comme un lapin en plein vol, nous l'avons été lorsqu'à un tiers environ de la longue traversée de l'Australie en camping-car -- bon, Julie conteste ce mot, elle dit plutôt que ce véhicule est un van pourri avec un matelas derrière -- bref, à un tiers environ de la traversée de l'Australie en Objet Roulant Non Identifié, on nous annonce avec un flegme très britannique que l' (unique) route est coupée devant à cause des inondations. Alors on attend (sous la pluie forte et continue bien sûr, sinon y aurait-il des inondations?). On attend toujours... et pour le meilleur ou pour le pire, cela me donne l'opportunité de poster les premières impressions australiennes.
L'Australie a cette malédiction, qu'elle a toujours été la province de quelqu'un. Historiquement, politiquement, culturellement, économiquement.
Historiquement bien sûr, l'Australie est une simple province anglaise. Les tout premiers colons, un convoi formé de 250 soldats et 751 condamnés, débarqua près de ce qui allait devenir Sydney en 1788 (18 ans après que Cook avait repéré rapidement les lieux). Plus tard, quand certains forçats demeuraient trop insoumis, on les envoyait avec une garnison pour créer un camp "punitif" plus loin sur la côte : ainsi furent fondées bon nombre de ville australiennes. Aujourd'hui encore, l'allégeance à la couronne anglaise est forte et visible ; Elizabeth II figure sur toutes les pièces de monnaie (sur celles de $1 il y a un kangourou au verso, quand même) et la tête de l'exécutif est un "premier ministre", surtout pas un président. La visite récente du prince Harry a mis en émoi toute la population, et pas seulement les jeunes filles ! (il est déjà pris, NDLR)
Politiquement toutefois, l'allégeance devait passer toute entière aux Etats-Unis avec la seconde guerre mondiale. Et cela se comprend : en 1942 le Japon progressait rapidement en Asie du Sud-Est et n'était plus qu'à quelques semaines de l'Australie qui n'avait aucune chance de résister à la vague nippone ; les anglais n'en avaient cure, trop préoccupés - on les comprend aussi - par l'immédiate menace allemande à leurs portes. Les sauveurs furent donc américains, certes moins pour les beaux yeux australiens que parce que le territoire était une base stratégique indispensable pour reprendre le contrôle du Pacifique. En tout état de cause, après la guerre, l'Australie se sent infiniment reconnaissante envers les US, et quelque peu trahie par l'Angleterre (pour laquelle de nombreux Australiens s'étaient portés volontaires et avaient perdu la vie en 14-18). Résultat, aujourd'hui encore (on a pu le voir par exemple lorsque Bush décide d'attaquer l'Irak en 2002), politiquement l'Australie ne me semble pas être grand chose de plus qu'un bon valet au service des US.
Culturellement, c'est encore plus simple : l'Australie est une copie des US. Nos amis australiens sont fascinés par les américains. Les cités sont organisées de la même manière, les panneaux suivent le même standard, les villes s'appellent Palm Beach, les rues Haight-Ashbury, les parcs d'attraction Seaworld, les filles sont aussi grasses, parlent aussi fort et s'habillent selon le même style (ou l'absence de)... l'expérience la plus consternante est de faire ses courses dans un grand supermarché, dans la banlieue d'une ville moyenne : mêmes produits horribles saturés de graisse et de sucre, mêmes quantités gargantuesques, même obèses roulant sur les mêmes "scooters" (ce sont les sortes de chaises roulantes électriques avec chariot intégré, mises à disposition des clients qui à 200 ou 300kg ne peuvent plus vraiment marcher). Quelle tristesse !
Economiquement enfin, l'Australie a la chance d'être immensément riche en matières premières dont les prix explosent à cause de la demande chinoise. Grâce à cela le pays a moins souffert de la crise que les autres pays occidentaux, et sa monnaie -- au grand désespoir du voyageur étranger -- est plus forte que jamais. Une part croissante des exportations va aujourd'hui vers la Chine, et dans l'autre sens, ce sont les groupes de touristes agités (au grand désespoir devrais-je ajouter du voyageur indépendant aimant le calme). Bon, ce post contient déjà assez de jugements à l'emporte-pièce alors je vais me retenir d'écrire qu'économiquement l'Australie est en train de devenir une province chinoise... mais je n'en pense pas moins !












