Sunday, July 31, 2011
Monday, July 25, 2011
6 critères pour aménager le territoire chinois
A toi, jeune recrue de l'équivalent de la Direction Départementale de l'Equipement en Chine : Pour simplifier ton travail, je te liste ci-dessous les 6 critères absolus d'aménagement du réseau routier et ferroviaire chinois.
- Réfection d'une route existante. La cérémonie d'inauguration compte plus que tout, puisque les officiels viendront de Pékin et te féliciteront, ce sera la chance de ta vie de changer de voiture de fonction et augmenter ton revenu mensuel de pots de vin. Il faut donc s'y préparer dès avant le début des travaux. L'erreur classique du débutant est de refaire la route par tronçons, ce qui serait certes plus pratique pour les usagers. Mais qui serait impressionné d'une inauguration de tronçon ? Au contraire, commence par détruire la route existante sur 500km (en général, en faisant sauter les montagnes au dessus). Bah, pendant les 2 ans de travaux les bus et camions pourront toujours essayer de trouver un chemin entre les tas de rochers et de terre, les bulldozers, ou bien patienteront pendant 12 heures que tu déblaie un millier de tonnes de rochers, on s'en fout... Il faut tout faire en parallèle, que tout se termine en même temps. Après 2 ans à 10km/h de moyenne, les usagers seront encore plus impressionnés par la Puissance du Parti quand la nouvelle route sera inaugurée.
- Frontières. La Magnificence du Parti doit sauter aux yeux des voyageurs arrivants des pays frontaliers arriérés (Laos, Vietnam, Birmanie, Pakistan, Népal, etc.). Priorité absolue au développement des routes qui arrivent de ces frontières, afin de mieux marquer la différence de développement. Ainsi, si tu arrives du Laos, tu passes tout d'un coup à la frontière d'un chemin de terre à une autoroute à 2x3 voies, complètement vide, avec parterres de fleurs, éclairage en plein jour, et tout. Les mauvaises langues diront que l'autoroute ne dure que 20km...
- Visibilité. Ces imbéciles d'occidentaux essaient d'intégrer leurs infrastructures dans le paysage. N'importe quoi ! La victoire du Peuple et du Parti sur la Nature doit s'afficher. On veut des routes énormes et bien voyantes, de très loin. Ainsi, on ne veut pas de tunnels, que des ponts gigantesques et des montagnes coupées en deux. Tant pis s'il faut tailler une falaise sur 30km pour y faire passer l'autoroute. Un tunnel serait bien sûr infiniment plus simple, mais qui pourrait le voir ?

11h : Des centaines de passagers en souffrance dans le paysage... - Records. L'interdiction de tunnel peut être levée, si et seulement si tu bats un record qui nous permettra d'inviter les journalistes occidentaux pour une annonce "Nous avons construit en
mois seulement le <pont, tunnel, viaduc> le plus <long, cher> du monde". Je te donne un exemple : pour la ligne de train Pékin - Lahsa, qui passe à 5200m d'altitude, nous avons pour la première fois creusé des tunnels dans le permafrost (le sol gelé toute l'année). Bon, bon, il faut avouer qu'on avait pas prévu qu'avec la chaleur des trains, le sol commence à fondre et tout s'affaisse. Du coup, nous devons "climatiser" le permafrost pour le refroidir. Un détail ! Intermodalité, facilités, etc. La nouvelle gare de Xi'an est en plein désert à 30km de la ville, et desservie par aucun réseau local ? On a construit 13 lignes de métro à Pékin pour les JO et aucune ne passe par la gare principale, qu'on ne peut rejoindre que par un bus préhistorique bondé ? On peut aller de Xi'an à Zhengzhou en moins de deux heures, à 300km/h, mais ensuite il faut 3h (en parlant chinois et en forme physique pour bourrer la foule) pour acheter un billet pour la suite du voyage ? Pfff... on s'en fout, les Cadres du Parti tout Puissant ont des voitures de fonction et ne font pas la queue pour acheter les billets !

13h : Bon, le campement commence à être bien établi Punition. Tu vas être surpris, mais au Tibet, en Mongolie Intérieure, dans le Xinjiang et d'autres provinces il existe encore des paysans arriérés et des terroristes qui n'ont toujours pas compris les bienfaits du Parti et de la Volonté du Peuple. Et oui, 60 ans après la "Libération Pacifiste du Tibet" (sic), y en a qui se plaignent encore ! Ceux-là on va les laisser avec leurs chemins de terre. Tant pis si, dans le Sichuan, tu as parfois trois autoroutes vides en parallèles (oui, les camarades du bureau de la planification ont parfois des absences), et qu'un peu plus loin, une ville suspecte comme Litang n'est desservie que par des chemins de terre. Et puis on sait jamais, s'ils se révoltaient...
| 15h : Ca fait 8 heures que ce mec dort dans la soute (l'ombre est rare!). On repartira à 18h. |
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Sunday, July 24, 2011
Litang
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| Quand je dis route cahotique... |
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| Arrivée à Litang, 4027m d'altitude, entouré de montagnes à 6000/7000m |
Parfois le chauffeur tibétain ouvre sa fenêtre et crie, crie follement vers le vide. Est-il fou ? ou surpris lui-même que son minibus ait passé le col ?
Enfin nous y voilà, dans cette région de géographie et de population tibétaines, mais qui techniquement ne fait pas partie de la province chinoise "Tibet" -- ce qui nous autorise à nous y rendre, contrairement au Tibet officiel complètement fermé aux étrangers, même en groupes organisés, depuis mi-juin. Nous ne tardons pas à réaliser que les Chinois ont très, très peur de réactions pro-tibétaines ici. La ville est sillonnée, à une fréquence incroyable, de voitures de police. Dès qu'un attroupement de plus de 3 personnes se forme, une voiture ralentit et lance injonction de se disperser. Le trafic des voitures de police doit faire à lui seul plus du tiers du maigre trafic de la ville (on a parfois l'impression qu'il y a plus de yacks errants et de cochons en famille que de véhicules). Quand on sait qu'en Chine il y a plus de policiers en civil qu'en uniforme...
Tout ce déploiement de force semble bien dérisoire, en face de ces pauvres tibétains que nous côtoyons dans la rue et les restaurants, si gentils et souriants. L'amour sans limite de l'Occident pour la cause tibétaine m'avait toujours surpris (ils n'ont pas de pétrole, enfin), mais il faut avouer que la vue simultanée d'un flic chinois corrompu en 4x4 et d'une jeune famille tibétaine déambulant gentiment, le visage buriné, dans leurs tenues surprenantes, tout juste sortis de leur campement, provoque bien des choses en nous.
Le feeling "Corée du nord" augmentera encore dans l'après-midi, quand nous essaierons de téléphoner en France. D'abord par le mobile chinois -- toutes communications internationales bloquées --, puis par le mobile français, même histoire, puis depuis l'hôtel. En fait la région est tout simplement coupée du réseau téléphonique international. Là, les Chinois frisent la paranoia : si jamais quelque mouvement se produisait, malgré tout, personne ne doit pouvoir en rendre compte, en tout cas rapidement. Sans surprise le seul café internet de la ville nous refuse : seuls les Chinois, munis bien sûr de leur carte d'identité (dont le numéro est "attaché" à la session), y ont accès. Toutes nos tentatives de communication seront infructueuses. Quand je pense qu'il y a seulement trois semaines, j'étais révolté que les accès à Blogger (oui, nous n'avons pas accès à notre propre blog), Facebook, Twitter et autres soient bloqués en Chine. Rétrospectivement, quelle chance d'avoir eu encore Gmail, Skype et le reste jusqu'à hier!
Alors voilà, mon cher ami de la police chinoise, tu as gagné pour aujourd'hui : je n'appellerai personne, et me voilà "offline", sous la lumière des gyrophares insistants de tes voitures. Et est-ce pour la punition d'avoir tout de même tenté notre chance que dans le "meilleur hôtel de la ville", il n'y a pas d'eau (du tout !) ?
MISE A JOUR 24 JUILLET: Nous étions à Litang début juillet, et nous sentions bien que la situation était tendue... Quelques jours après notre passage, tout d'un coup, les étrangers ont été bloqués sur toutes les routes menant à Litang. Les forums basés à l'étranger indiquent qu'une émeute (nous n'en saurons jamais plus...) a eu lieu, et que, comme d'habitude, les Chinois ont bloqué toute la région pour réprimer en toute tranquillité. Une pensée pour nos "amis" de Litang. Read more...
Tuesday, July 5, 2011
Tours et détours d'une startup de Suresnes à San Francisco
La revue de Télécom Paris, pour un numéro spécial consacré à l'International (malheureusement, sans e), m'a demandé de témoigner de mon expérience d'entrepreneur des deux côtés de l'Atlantique. Voici l'article !
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