Wednesday, September 21, 2011

Naples sans compromis

Avec l'Europe il n'y a plus de frontières, et à la sortie de Menton on se retrouve sans crier gare en Italie. Néanmoins, il ne faut pas plus d'un kilomètre pour cocher une bonne partie de la liste des clichés. Vespa, cheveux gominés, promeneurs en slip de bain, bronzage avant tout, pizzeria à chaque coin, etc. On est bien en Italie.

Enfin, on croit qu'on est en Italie. Jusqu'à Naples. 

A Naples soudainement, le code de la route n'existe plus du tout. Le casque n'est plus porté. Les cartes de crédit s'arrêtent mystérieusement de marcher ("ouné problemo di connexionné, signor !" tiens !). A Naples, on se rend compte que tout ce qui est au Nord c'était juste un peu d'Italie, dilué dans beaucoup de globalisation. Naples rejette en bloc la norme, le standard, le compromis, le principe de précaution, bref tout ce qui fait notre société de plus en plus ennuyeuse et uniforme. Naples rejette tout ce qui fait que parfois à Sydney, à Jakarta, à Bangkok, à Pékin et ailleurs, dans un moment de lassitude, devant le n-ième Starbucks, le n-ième resto "fusion", la n-ième rue construite selon les attentes du citoyen moderne international, j'en étais venu à questionner l'intérêt de voyager dans le monde globalisé de 2011.

Je n'avais pas encore fait l'expérience de Naples.

La pizza, peut-être le plat le plus populaire du monde, fut inventée à Naples. On aurait pu en faire un sujet d'attraction touristique, un objet sophistiqué et cher ; on aurait pu développer des pizza complexes mêlant les saveurs du monde (et multipliant le prix) ; on aurait pu faire des pizzeria à la mode servant des vins chers. Et bien non. Ici, toutes les pizzeria sont des cantines qui ne servent que des pizza immenses (entre 3€ et 5€), de l'eau, du vin (4€ la bouteille), et de la bière locale. Rien d'autre. Les plus célèbres n'ont que deux pizza au menu. J'ai failli être bastonné pour avoir osé demander de l'huile pimentée : sacrilège ! on ne rajoute rien à sa pizza. Naples aime la simplicité nue, la sobriété absolue.

Alors, si on arrive à faire abstraction des monticules de poubelles non ramassées, des rues défoncées, de la conduite suicidaire, etc., Naples et les Napolitains sont merveilleux. Je leur souhaite de rester uniques et extrêmes, de rejeter encore longtemps compromis et précaution. En un mot je leur souhaite de rester Napolitains ; au train où va le monde, être simplement différent sera bientôt un trésor.

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Friday, September 16, 2011

A l'Auberson

Sous la pluie battante, nous avons dépassé Pontarlier. Nous sommes montés, montés... puis nous avons pris une toute petite route qui monte encore, traverse le village des Fourgs, dans un paysage que je qualifie sans broncher de quasi-tibétain, avant d'atteindre le poste frontière qui semble d'un autre siècle. Pas de douanier. Enfin du côté suisse, c'est l'Auberson.

Si nous découvrons ce village sympathique, c'est parce que mon cousin Vincent et son épouse Bénédicte y sont fromagers. Déjà Vincent, né trois mois après moi, faisait parler de lui ado : il est par exemple champion du monde de pêche d'endurance, oui, quatorze jours et douze heures, 15000 poissons pêchés à deux ! Aujourd'hui les médailles sont celles du meilleur Gruyère, du meilleur Vacherin-Mont d'Or.

700 Mont-d'Or en cours de fabrication !
Bénédicte et Vincent ont su peu à peu gravir les échelons, à force d'amour de leur travail. Au début, employés par la coopérative paysanne, il leur fallait à deux recevoir le lait deux fois par jour (dès 5 heures du matin, puis de nouveau vers 18 heures), faire les fromages, tenir la boutique, et tenir les comptes. Aujourd'hui, ils sont propriétaires d'une entreprise prospère avec 7 employés et toujours autant de travail.

Bénédicte aux commandes
Fascinés (nous sommes tellement accros au fromage que nous avons même eu besoin de manger une fondue savoyarde à Bali, à 38° !), Julie et moi suivons deux jours durant la routine quotidienne. Les vaches ont la mauvaise habitude d'êtres traites deux fois par jour et ne connaissent pas les dimanche et jours fériés, sans parler des trente-cinq heures. Du coup ça commence tôt, ça termine tard, et il n'y a pas de jour chômé.

En quelques chiffres :
  • 7000 l. Quantité totale de lait amenée par les producteurs chaque jour.
  • 140 l. Quantité de lait amenée par les plus petits producteurs. C'est presque de l'artisanat.
  • 3600 l. Contenance de chacune des deux grandes cuves dans lesquelles le lait est caillé.
  • 35 kg. Poids d'une meule.
  • 700. Nombre de vacherins Mont d'Or produits en une matinée.
Pose de la sangle d'épicéa autour des Mont-d'Or
Je suis frappé par la combinaison de haute technologie et de savoir-faire artisanal nécessaire pour produire des fromages de cette qualité. D'un côté, un ordinateur central pilote l'ensemble du circuit dans lequel passe le lait, la température des cuves, le nettoyage automatique, la traçabilité depuis chaque apport de lait jusqu'à chaque fromage... et d'un autre côté, Vincent prend les "vraies" décisions comme la température et le temps qu'on chauffe le lait, le moment où on "décaille", etc. la main plongée dans le bac, le regard absent. Et quand il dit "c'est bon!", alors on sait que c'est bon, mais on ne sait pas pourquoi. Et l'ordinateur non plus ne sait pas pourquoi.

On retrouve ce savoir-faire chez les ouvriers qui, chaque jour quasiment, frottent et retournent les meules de 35kg en affinage. Dédé, 66 ans, au poste tous les matin à 4h30, sait exactement quand une meule a besoin de plus de sel, de moins de ceci ou plus de cela. Il le sent, c'est tout. 52 ans dans le métier, il passe ses semaines de vacances à... visiter des fromageries dans les environs.

Repassant le petit poste frontière deux jours plus tard, je ne puis m'empêcher de penser que certains métiers sont plus concrets que d'autres. Que produit un trader par exemple ? Qu'apporte-t-il à la société ? Dans le cas de Bénédicte et Vincent, j'ai la réponse. Nos sacoches en sont remplies.


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Monday, September 12, 2011

Et si la Chine avait raison ?

Les longs trajets à moto ont ceci de particulier qu'on ne peut ni parler ni somnoler. Alors, les pensées s'égarent.

J'ai à peu près perdu toute confiance dans notre capacité à réformer notre société. Quand je dis réformer, je parle de changements en profondeur, pas d'ajustements d'un taux quelconque ou de mesure Sarkozy au lendemain d'un fait divers. Chaque décision, le temps de passer au travers des différents lobbies, partis, intérêts particuliers, etc. est tout à fait vidée de sa substance avant de devenir décret - quand elle le devient.

La goutte d'eau qui a finalement éteint ma dernière lueur d'espoir fut de lire qu'en Grèce, les réformes cruciales sont freinées depuis le début de l'année en particulier par... les taxis. Oui, en Grèce comme en France les taxis ont semble-t-il beaucoup de pouvoir ! Votre pays coule, il reçoit des milliards d'euros humiliants, et vous bloquez une réforme parce qu'il vous semble que votre acquis pourrait s'y trouver un peu égratigné.

Alors j'ai de plus en plus la conviction que nous ne réformerons rien. Nous toucherons le fond, nous perdrons tout, et alors nous pourrons construire quelque chose de différent et de nouveau.

La Chine nous offre une approche très différente. (Et qu'on ne m'accuse pas d'être pro-régime Chinois, voir nos posts ici, ici, ici et ici !) On peut - et on doit - exécrer les excès totalitaires et la corruption générale régnant sur le pays, mais il faut admettre qu'au Comité Central tout en haut, il y a quelques personnes qui 1/ recherchent réellement le progrès du pays (cela parait évident, mais quand on regarde de plus près nos chers politiciens, cela ne l'est plus) ; et 2/ ont un pouvoir exécutif absolu.

Voyons deux exemples.
  • A la fin des années 70, la Chine se rend compte qu'elle court à la catastrophe démographique. Décision : un seul enfant par couple. Trente ans plus tard, on considère que la démographie chinoise est stabilisée.
  • Années 80, début de crise du logement. Décision : âge limite de mariage, 20 ans pour les filles, 22 pour les garçons (dans un pays où l'âge de consentement sexuel est de 14 ans, et où traditionnellement les couples se mariaient très tôt).  Les gens habitant chez leurs parents jusqu'au mariage, la carence de logement s'améliore soudainement. (Cette loi supportant par ailleurs l'application de la précédente.)

Ce pouvoir est à la fois séduisant et terrifiant. Séduisant car on voit bien que les vraies solutions sont apportées par des décisions radicales, qui ne passent pas par la validation du syndicat des taxis, et que personne ne prendrait avec une élection à venir. Et terrifiant parce que la décision peut être mauvaise, et dangereuse. Il n'y a pas de garde-fou.

Le trouble augmente quand on se rend compte que si ces membres du Comité Central sont (à mon avis) réellement à la recherche du progrès de leur pays, et non pas obnubilés par les prochaines élections... c'est qu'il n'y a pas de prochaines élections ! Ils sont là, ils savant qu'ils y resteront, ils se foutent des sondages d'ailleurs inexistants. Débarrassés de cette contrainte, il peuvent se consacrer au pays.

Je suis conscient que la pente est glissante de ces propos vers une éloge du totalitarisme. Voyons-y plutôt un questionnement du modèle démocratique inventé par les Grecs il y a plus de deux mille ans. Mon père me rappelle que la démocratie grecque, contrairement à la notre, était directe : les cités étant peu importantes, pour prendre une décision tous les membres, 400 ou 500, se réunissaient sur l'agora. Il n'y avait pas de représentants. Il me dit aussi que beaucoup considèrent que "la démocratie, loin d'être le meilleur des régimes, est au mieux le moins mauvais". Sans doute est-ce vrai, mais ne devrions-nous pas le remettre en cause un jour, ou au moins en modifier les paramètres ?

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Wednesday, September 7, 2011

Nouveau départ

Nous avions bien dit que ce ne serait pas un tour du monde, mais un tour - tout court ! Après la Corée, il nous a fallu passer quelques jours à Paris. Du coup, nouveau départ, et surtout question existentielle : où aller ?

Croisant par hasard ma moto qui squattait sur son parking deux-roues, rue de la Bruyère, l'idée nous est venue. Pourquoi pas repartir vers l'Europe en moto ?

Le lendemain nos projets d'Amérique de sud étaient reportés, et nous prenions la route à la dure, matériel de camping sommaire dans les sacoches.


Deux jours plus tard à Beaune (lenteur expliquée par deux facteurs : 1/ le choix de ne rouler que sur des petites routes en prenant notre temps ; et 2/ une sorte d'avertisseur qui me tape dans le dos quand je tente de laisser s'exprimer les nombreux chevaux de ma Suzuki Bandit 600), nous retrouvions nos chers touristes hollandais buvant des bières devant leur caravane - à Beaune !!!

C'est moins exotique que les îles du Pacifique Sud et autres douceurs asiatiques, mais croyez-moi, quand on y revient, la France c'est vraiment pas mal aussi...

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