J'ai longtemps été fasciné par Hooters, une chaîne de restaurants aux US. Pour notre dernier dîner américain avant de nous embarquer pour Papeete, à Los Angeles, j'ai donc usé du prétexte de mon enquête sociologique sur le concept de ladite chaîne pour y emmener Julie.
Le concept est simple : chez Hooters les serveuses (les Hooters Girls) ont des gros seins et des décolletés. Point à la ligne. Valeur estimée de l'entreprise : 250 millions de $. Bienvenue aux US !
Trois semaines d'intense réflexion tahitienne plus tard, je peux enfin livrer mes impressions. Read more...
La plus belle route de Polynésie ne se trouve pas à Tahiti... mais à Fakarava, atoll perdu des Tuamotu. 40km goudronnés, partiellement éclairés, route parfaitement inutile -- tu peux faire ta sieste au milieu -- depuis l'aérodrome jusqu'à nulle part.
Nulle part... ou presque ! Par une coincidence amusante, la route s'arrête pas trop loin d'une maison appartenant à Gaston Flosse, ancien président de la Polynésie française.
Si toi aussi tu veux te faire construire gratos 40km de route entre la sortie de l'autoroute et ta maison de campagne, je te donne la recette.
1. Appelle ton copain Chirac (alors Président de la République), et demande lui d'annoncer une visite officielle dans ton coin.
2. En prévision de la visite présidentielle, fais construire la route
3. Bon, Chirac n'est jamais venu à Fakarava en fin de compte mais comme il le disait lui-même : les promesses n'engagent que ceux qui les croient ! (1)
(1) Coluche disait déjà : "Tous les hommes politiques sont prêts à vendre leur mère pour gagner. Chirac, en plus, il vous la livre."
Notre société de consommation occidentale, pour laquelle le confort est une évidence acquise, attache en conséquence une connotation uniquement positive à "sauvage". Sauvage c'est un endroit (i) génial, (ii) naturel et (iii) que tu es seul à connaître (les autres, les débiles, le tout venant, va à l'endroit touristique). C'est la tranquillité. C'est aussi la différence, l'individualisme, je dirais presque l'élitisme. D'où l'utilisation du mot sauvage dans : Parfum sauvage (à 500€ la bouteille). Femme sauvage (habillée en Dior).
"Une île sauvage" c'est donc : seuls sur une grande plage de sable blanc, le lagon bleu, le soleil, la peau lisse et bronzée, l'amour sur la plage...
Or Tikehau ce n'est pas tout à fait ça. Tikehau c'est :
La mer infestée de requins jusqu'à 50cm du bord. Bon d'accord ils ont un point noir sur l'aileron et comme disent les locaux : "Si tu vois un point noir sur l'aileron, il est pas dangereux. Si c'est point blanc, très dangereux !" Mais le requin au point noir est-il au courant lui qu'il est pas censé être dangereux ? (Et je te passe les détails sur comment discerner le point sur l'aileron quand tu te retrouves avec le requin en pleine face sous l'eau)
La terre quadrillée par des chiens errants méchants. Depuis notre arrivée on se demandait par quel mystère tous les habitants avaient à la maison des chiots tout mignons, jamais de chien adulte. Affaire : résolue. Les locaux se déplacent toujours avec un caillou dans la main pour se défendre.
Et partout, partout (surtout dans ton lit), des insectes et du sable... (tiens, une fourmi mutante traverse mon écran à cet instant)
"Une île sauvage" c'est donc plutôt cette image : tu sors de l'eau en courant sur des coraux coupants, poursuivi par des requins à tâche plus ou moins grise, avec ta peau rouge cramée par le soleil et bouffée par les insectes, pour être accueilli sur le sol par une meute hurlante qui a faim ! Et d'ailleurs tu as toi même faim car l'unique "magasin" (ni resto, ni snack, rien) de l'île est ouvert trois heures par jour sauf le weekend, et de toute façon ils n'ont rien. Et soif car l'eau du robinet quand il y en a est "saumâtre" (je ne sais pas ce que ça veut dire, mais je sais que ça pue un max).
De mon côté je trouve ces requins fascinants, et avec un peu d'entraînement on peut survivre aux chiens. Quant à la douche, c'est un concept que j'ai déjà mis de côté depuis longtemps. Je ne reviendrai pas à Tikehau, mais j'ai apprécié ces quelques jours d'expérience. Ce n'est pas Tikehau qu'il faut critiquer, mais notre acceptation déformée du concept de sauvage.
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Arrivés un dimanche à midi sur l'immense (461km2 dont 99.9% de lagon) mais presque désert (407 habitants) atoll de Tikehau, dans l'archipel des Tuamotu, nous avons pu constater à la première personne ce qu'était vraiment la vie sur une île isolée, si tu ne fais pas partie des dispendieux clients du Pearl Beach Coco Macumba Resort.
Deux heures et demi après l'arrivée, sous un soleil de plomb, errant à la recherche d'un "village" qui en fait n'existe pas, affamés et surtout assoiffés, nous avons été littéralement recueillis par une famille adorable. Le chef de ladite famille est en fait infirmier -- comprendre infirmier/médecin/secouriste/urgentiste/pharmacien/vétérinaire/etc. puisqu'il est le seul et unique personnel médical jusqu'à Tahiti, à une heure trente d'avion d'ici ! L'hôpital, la pharmacie, les secours, c'est lui.
Il est donc d'astreinte 24h sur 24. Si ta blessure est grave, un avion vient de chercher depuis Tahiti, mais comme la piste n'est ouverte que de jour, il faut te blesser avant 15h pour être évacué le jour même. Sinon, tu dois attendre le lendemain matin. J'imagine la nuit que passe cet infirmier avec deux personnes dans le coma suite à un accident de Vespa... (cas qu'il a eu)
Petite consolation tous les soins, tous les médicaments sont absolument gratuits, même pour les touristes américains qui se demandant dans quel monde parallèle étrange ils ont atterri (coût d'une opération suivie d'une semaine d'hospitalisation en Californie : $150,000). Les spécialistes (cardiologue, ophtalmo, etc.) viennent sur l'atoll une fois par an, et tout les habitants consultent. Pour le traitement éventuel, le déplacement à Tahiti est intégralement pris en charge. Et si tu as besoin d'aller te faire soigner à Paris, pas de problème, tout est payé, billet d'avion, hôtel, accompagnateur, et même du cash pour t'acheter des vêtements chauds !
Je commence à me dire qu'être indépendantiste ici demande une conviction politique (ainsi qu'une santé) vraiment à toute épreuve.
L'école de l'île accueille les enfants jusqu'au CM2 (ceux qui vivent de l'autre côté de lagon se lèvent à 4h pour prendre le bateau). Pour le collège, pension complète obligatoire sur l'île voisine de Rangiroa, les enfants ne rentrent que 4 fois par an, et tous les frais sont pris en charge à 100% par l'Etat. Quant au lycée, c'est la pension sur l'île de Tahiti. Et si tu continues après le bac, c'est la métropole !
Bon, je sais ce post est un peu court... pourtant j'y ai dépensé plus d'énergie que les 7000 habitants de Bora Bora réunis en dépensent en une journée, promis. A mon bureau je réfléchis vachement... ... malgré les nuisances avec des jeunes qui passent en bécane (en l'occurrence, kite-surf) sous mes fenêtres... ... et d'autres éléments perturbateurs...